ENTRETIEN (virtuel) Artension-SNAPcgt
Contrairement au président de l’association Maison des Artistes, qui s’exprime régulièrement dans cette revue, nous n’avons jamais été invités par Artension à parler de notre engagement syndical d’artistes.
Ce petit exercice consiste à répondre aux mêmes questions qui ont été posées à Madame la Ministre de la Culture dans le numéro de Novembre 2007 d’Artension.
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La mission de Ministre de la Culture, imaginée par l’écrivain André Malraux au lendemain de la seconde guerre mondiale, a considérablement évolué en un demi- siècle. Quelles sont les caractéristiques de cette mission relevant aujourd’hui encore de sa définition initiale et quelles sont les évolutions que vous aimeriez voir poindre ?
Nous aimerions voir évoqués, dans les objectifs de ce ministère, les nombreux problèmes sociaux rencontrés par les artistes et des solutions pour y remédier, qui ne sont à aucun moment citées par Madame Albanel, tout au long de son interview dans Artension.
Nous rêvons d’un service public de la culture, ouvert et paritaire.
Nous aurions aimé voir poindre la reconnaissance des organisations professionnelles d’artistes.
Nous diagnostiquons l’évolution des dernières années de l’action du ministère comme un accompagnement de la marchandisation de l’art : baisse des moyens en direction de la masse, concentration de l’essentiel autour de manifestations emblématiques.
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Le ministère de la Culture est à la fois chargé de préserver le patrimoine ancien et de stimuler la nouvelle création. La richesse du patrimoine français et le coût indispensable, toujours plus important, de sa préservation, ne constituent- ils pas des freins pour l’aide à la création vivante (lui revient 3,3 % du budget de votre ministère, contre 29,9% au patrimoine) ?
Le transfert sur le budget du ministère de la culture de l’entretien du patrimoine ancien a permis de masquer la diminution des moyens pour la création.
Si l’on fait le calcul revendiqué par Mme Albanel de la part « création Arts Plastiques » par rapport au budget total du ministère, on trouve dérisoirement 1, 89 %.
(7% aux Arts Plastiques de 27%, part dévolue à la création actuelle = 1,89% du budget total)
Effectivement, les 3,3% avancés par le journal sont inexacts, comme le dit la Ministre, mais pas dans le sens ou l’on croyait : la réalité est pire. Le journal ne relève pas...
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Auteur de théâtre, romancière, présidente de l’Établissement public du musée et du domaine de Versailles de 2003 à 2007, votre expérience vous mène surtout dans le domaine de l’écrit et celui du patrimoine. Comment regardez- vous les arts plastiques ? Qu’est-ce qui vous intéresse dans les arts plastiques d’aujourd’hui ?
Si, dixit Madame la Ministre, "le ministère n’est pas l’arbitre des élégances", nous ne sommes pas celui de ses goûts personnels.
Puisque "l’art est fait par les artistes", nous souhaitons prendre part aux décisions qui nous concernent.
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Il est bien complexe de décider, dans la création actuelle, ce qui est important, afin de le soutenir. Existe-t-il des critères permettant de définir la qualité d’une œuvre nouvelle ? Comment s’y prennent les agents du ministère pour repérer cette qualité ? Ont - ils droit, comme les critiques d’art, les galeries d’art et les collectionneurs privés, à l’erreur ?
Poser en terme de droit à l’erreur (ou non) des agents du ministère, pour la sélection des artistes ou des projets, c’est poser l’erreur humaine, comme cause des dysfonctionnements. Nous militons pour une évolution qui permette, sinon de « bien » choisir, tout au moins de faire les choix dans un climat de respect mutuel pacifié et non plus dans le soupçon d’opacité qui règnera tant que les représentants des artistes ne participeront pas aux divers jurys et commissions.
Le journal et la ministre se questionnent sur les capacités des experts, leur diversité, garants potentiels contre de futures erreurs à ne plus commettre ou réparer.
Nous sommes prêts à assumer notre part de responsabilité, si on nous le permets. Nous nous engagerions à en rendre compte auprès de la profession.
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Le manifeste « L’art c’est la Vie » a été publié en juillet 2007. Ce texte signé au départ par une centaine d’artistes ou de gens du monde de l’art(...) proclame que « l’action du ministère public qui cherchait à favoriser la vitalité créatrice des arts plastiques en désorganise désormais de plus en plus profondément le cadre naturel par ses excès ». Il dénonce notamment une « pensée unique, soumise au marché et à la mode ». Le ministère de la Culture est-il devenu au fil des années, une administration lourde et par ailleurs un phénomène mondain ?
Ce pouvait être un des messages du manifeste « l’art c’est la vie » ; message brouillon qui a suscité des débats passionnés ; le message fut ensuite dénaturé par une récupération politicienne, quand le président de l’association Maison des Artistes l’a utilisé pour son compte, en se faisant après coup inscrire parmi les premiers signataires.
La revue Artension a largement relayé cette récupération qui a servi à monter certains artistes contre d’autres.
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Le même texte (L’art c’est la Vie) dénonce également « la centralisation abusive du pouvoir entre les mains d’un petit groupe de censeurs qui, au sein de la Délégation aux Arts Plastiques et du Musée National d’Art Moderne, dévoient l’action de ceux qui pensent et veulent agir autrement ». Il demande davantage d’équité, de curiosité, et surtout la participation active d’artistes au sein des différentes commissions. Que pensez-vous de cette proposition ? Nos ministères, d’une manière générale, ne devraient-ils pas faire davantage appel à l’expérience des gens « de terrain » ?
Davantage d’équité, de curiosité et la participation d’artistes au sein des comités et commissions.
Nous le demandons, avec la précision que des artistes représentant les artistes soient associés :
Non des artistes choisis par l’institution, mais délégués par leurs pairs.
Les organisations professionnelles sont là pour cela, car elles ne représentent pas les tendances artistiques, mais la profession de façon globale.
Il est bien clair, que si l’institution désigne aussi d’autres artistes experts, nous n’y voyons pas d’inconvénients. Mais il y a une distinction de mandat à faire entre l’artiste, désigné par ses pairs qui donc peut rendre compte auprès de la profession, de celui que l’institution choisit.
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Extrait du discours de votre prédécesseur, lorsqu’il a présenté le budget 2007 : « Depuis 2002, le budget de la culture n’a cessé d’augmenter et cette augmentation s’est accélérée depuis 2004. Entre 1997 et 2002, les moyens de la culture ont progressé de 300 millions ; entre 2002 et 2007, et en vérité entre 2004 et 2007, ils ont progressé de près de 600 millions d’euros. Alors, le terme, le slogan, le fantasme de désengagement, que j’entends parfois agiter, ici ou là, il ne se traduit ni dans les chiffres ni dans l’action : sous cette législature et avec cette majorité présidentielle, la progression des moyens alloués à la culture aura été deux fois plus importante que pendant le gouvernement de Lionel Jospin »... Le fantasme de la culture, domaine de la « gauche » est - il démodé ?
Culture de gauche, culture de droite, ce n’est pas démodé pour tous.
Nous assistons avec dégoût à la récupération de Courbet, Jaurès ou Guy Moquet. Ils sont acceptables morts.
Leurs successeurs ne sont bien évidemment pas du côté du manche actuellement.
Si l’expression artistique ne se cantonne pas au territoire politique, elle a le droit de l’emprunter.
C’est tout de même curieux qu’aucune question sociale ne soit posée dans cet interview : A croire que cela n’intéresse pas la revue, ni la Ministre.
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6 500 entreprises mécènes sont désormais répertoriées en France. L’avenir de la culture appartient -il au monde privé ?
La réponse sera malheureusement oui si les mesures prises ne laissent plus de moyens publics suffisants.
Nous défendons évidemment un équilibre menacé par le pouvoir en place. Un équilibre difficile car le service public est si défaillant que nombre d’artistes s’en détournent, voire le rejettent.
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« L’exception culturelle française » existe - t - elle aujourd’hui ? Quelle en est selon vous la définition ?
« C’est un très vaste sujet. L’exception culturelle qui aujourd’hui, après la résolution de l’UNESCO, n’est plus, loin s’en faut, « française » pourrait se résumer en rappelant que la culture ne peut avoir, comme principe de développement, les logiques du marché mondial, les situations géopolitiques ou géo-industrielles mais que la culture doit se construire principalement à partir d’autres dynamismes, issues de l’histoire, de la mémoire, de la symbolique, de l’identité, de la création et de l’innovation dans le domaine de ce qui peut se définir, très largement, comme des oeuvres de l’esprit. » (C. Albanel)
La définition de la Ministre n’est pas si mal, mais pourquoi ne joint-elle pas les actes à ces paroles ?