25/03/2020

Compensation pour tous·tes !

Alors que la période de confinement est prolongée de 15 jours,
la situation des travailleur·euses précaires devient de plus en plus préoccupante.
Parmi eux, nous, artistes-auteur·rices, sommes très inquièt·es.
Bien que tout le monde s’agite pour trouver des solutions,
celles qui nous sont aujourd’hui proposées ne lèvent pas les inquiétudes, bien au contraire.

Ce vendredi 27 mars, le ministre de la Culture a (enfin) annoncé un certain nombre de mesures :
La possibilité de bénéficier du fonds de solidarité. Les critères calqués sur la base de revenus mensualisés sont totalement inadéquats avec nos réalités professionnelles.
Nos revenus sont extrêmement fluctuants d’une année à l’autre et la comparaison mensuelle 2019/2020 va laisser l’essentiel des auteur.rices de côté.
Les aides attribuées par secteur de diffusion (le livre, la musique…).
Cette orientation va privilégier les secteurs économiques les plus lucratifs et structurés
en créant des disparités énormes entre les auteur·rices*. Une majorité de sociétés d’auteurs se battent déjà pour distribuer le gâteau.
Le report de certaines factures (loyer, électricité…). Si cette mesure donne un peu de respiration dans l’immédiat, elle va créer une situation d’endettement dont les plus fragiles ne se remettront pas. Accessoirement, le report de loyer ne peut être mis en œuvre que par les bailleurs publics qui sont extrêmement minoritaires.
• Aujourd’hui, le Ministère de la Culture débloquerait 500 000 € pour les artistes-auteur·rices des arts visuels, soit 7,70 € pour chacun des 62 365 artistes (chiffre 2018)…
La possibilité d’utiliser les droits d’auteurs du quart copie privée pour l’aide sociale. C’est oublier un peu vite que c’est déjà l’argent des auteur·rices et qu’il finance
la formation professionnelle et une part essentielle de la vie culturelle (festivals, expositions, évènements…) et donc l’activité et la diffusion des artistes-auteur·rices.
Nous attendons de vraies réponses.

Pour que la misère ne s’ajoute pas à la crise sanitaire,
nous en appelons à la tenue des engagements du Président de la République.
Nous demandons que de vraies mesures de compensation soient prises de toute urgence et à moyens termes.

En ce sens, le Syndicat National des Artistes Plasticiens CGT a proposé, en direction de tous·tes les artistes-auteur·rices :
• le versement dans les plus brefs délais d’une indemnité de compensation
sur la base des derniers revenus connus
(2018), avec instauration d’un minimum mensuel équivalent au Salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC : 1185€) - notamment pour les entrants dans le régime - et d’un plafond équivalent à 3 SMIC.
• la prise en charge des cotisations sociales 2020, ce qui laissera le temps à l’URSSAF d’être enfin opérationnelle pour en assurer correctement le recouvrement ultérieurement.
• le maintien des engagements pris vis à vis des artistes-auteur·rices.
Rémunérer les manifestations annulées comme celles reportées

Et quand ça sera fini, ça ne fera que commencer.

« Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger
le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies
et qui dévoile ses failles au grand jour […] » Emmanuel Macron

Mais qui peut aujourd’hui croire le pompier pyromane porté par le Marché ?

► La crise sanitaire passée, nous voulons que soit remis à plat ce modèle économique de la culture. La création mérite mieux que des remises ponctuelles de loyers, de cotisations sociales et fiscales, étudiées au cas par cas donc accordées par les potentats régionaux de la culture selon des critères filtrants.
► Nous voulons que nos droits collectifs prennent le pas sur les privilèges individuels. Nous voulons que soit abordée la question de la continuité du revenu des artistes, indépendamment des logiques marchandes et des dynamiques économiques instantanées, et plus généralement celle de la continuité du salaire pour l’ensemble
des travailleur·ses.
La crise sanitaire dramatique actuelle met en évidence l’incurie des gouvernants envers
les services publics.

► Elle révèle les faillites d’une conception des affaires culturelles dans la tradition versaillaise au service d’une bourgeoisie éclairée mais prédatrice qui joue un jeu complexe entre intérêts privés et accompagnements publics, et dans lequel les artistes sont des pions que l’on pousse avec doigté et selon des arrangements entendus.
Il faut penser l’art, la culture, l’éducation, la santé hors des ornières creusées par le libéralisme économique.
Il faut remettre l’art, la culture, l’éducation, la santé au cœur de la société, en faire des droits pour les 99%, un devoir de civilisation.

► Il faut penser et insuffler une société de paix, de solidarités pour toutes et tous dans la perspective des bouleversements qui feront suite à la pandémie.

C’est notre devoir de syndicat, notre engagement de citoyen.

*Pour exemple, la musique se verrait doté de 10 millions d’euros (1 340 auteur·rices affilié·es en 2018), les arts visuels hors photographie (29 200 auteur·rices affilié·es en 2018) n’auraient que 2 millions dont 500 000 euros pour les auteur·trices…