MANIFESTE anti IAgen
Le SNAP CGT s’oppose à l’utilisation et à la promotion de l’IA générative dans le domaine des arts visuels (et au-delà)
Les entreprises d’Intelligence Artificielle générative (IAgen) s’attaquent avec une brutalité inouïe aux secteurs de la création, et en particulier aux arts visuels.
Si l'utilisation d'un logiciel d’IAgen peut au premier abord sembler inoffensif, les conséquences sont graves et réelles.
Dans le domaine des arts visuels en particulier, le SNAP CGT dénonce :
→ Le pillage généralisé des oeuvres au mépris du droit d’auteur pour constituer des bases de données sur lesquelles sont entraînés les LLM*.
→ Le plagiat direct de certain·es artistes (le « style Ghibli » en est l’exemple le plus célèbre).
→ La dégradation des conditions matérielles des artistes-auteur·ices liée à la diminution des commandes, aggravant ainsi une précarité déjà profondément ancrée.
→ La perte de sens au travail et l’augmentation des risques pour la santé mentale des artistes, dont les métiers et les compétences sont dévalorisées jusqu’à les réduire à un rôle d’auxiliaires de la machine (retouches, améliorations, « humanisation » des images générées).
→ L’aggravation d’un rapport de force défavorable avec les commanditaires et diffuseur·euses, contraignant les artistes à accepter des conditions de travail toujours plus au rabais.
→ L'inaccessibilité à l'emploi des profils "junior".
→ Le renforcement, dans les images ainsi produites des clichés néfastes présents dans les bases de données (biais racistes, sexistes, etc.) et la standardisation des esprits et des productions à travers la reproduction des biais culturels anglo-saxons.
→ La porosité des grands acteurs de l’IAgen avec l’extrême-droite, et les risques que fait peser sur la démocratie la manipulation des images à but de désinformation.
→ La dégradation civilisationnelle que représenterait la perte de compétences artistiques, l’appauvrissement des idées, l’envahissement du « slop » (surproduction de visuels inutiles et de mauvaise qualité qui inondent et surchargent nos espaces physiques et virtuels)
Par ailleurs, l’IAgen est indissociable de coûts de production cachés effroyables, qu’ils soient environnementaux (eau, électricité, émissions de CO2) ou humains (exploitation néo-coloniale du Sud global pour l’extraction minière ou l’annotation des données).
Le SNAP CGT refuse de considérer l’usage de l’IAgen comme souhaitable ou inévitable, et de considérer l’art comme du simple “contenu”. Il affirme la prééminence de l’artiste humain·e, et appelle à lui donner les moyens de continuer à accomplir sa tâche cruciale.
Pour cela, le SNAP CGT revendique :
→ Une défense ferme du droit d’auteur face à la prédation des fournisseurs d’IAgen, en exigeant l’opt-in comme seule voie légale de constitution des bases de données, la transparence sur les données utilisées, la réparation du préjudice subi pour toustes (pas uniquement les plus fortuné·es), et une rémunération sur les usages à venir.
→ La normalisation d’une clause de refus de l’IAgen dans les contrats, avec un engagement réciproque des artistes à ne pas utiliser d’IAgen pour leur œuvre, et des diffuseur·euses à ne pas permettre l’utilisation d’IAgen sur l’œuvre (qu’il s’agisse d’une utilisation directe, ou de l’entraînement des LLM).
→ L’obligation de transparence sur les productions générées par IA, avec un marquage générique, visible et identiquement situé, commun à toutes les IA.
→ La mise en valeur du travail humain par l’application obligatoire du crédit de l’artiste, et la valorisation d’un label « fait à la main ».
→ La non-utilisation d’IAgen comme critère obligatoire pour prétendre à une subvention publique ou à un prix.
→ Un enseignement artistique complet qui ne se résume pas à “prompter”.
→ L’interpellation systématique des pouvoirs publics lors de l’utilisation de visuels en IAgen par des collectivités.
→ La continuité de revenus pour les artistes-auteur·ices, d’autant plus nécessaire dans ce contexte de fragilisation de nos métiers par l’IAgen.
→ Une réappropriation collective des outils numériques et de l’IA : promotion de l’expropriation du capital dans le secteur numérique, renforcement du nouveau statut du travailleur salarié, mise en sécurité sociale des technologies et réseaux numériques.
Le SNAP CGT invite par ailleurs l’ensemble des syndicats à réfléchir à leurs usages peut-être déjà présents de cette technologie socialement destructrice par essence qu’est l’IA, afin de se positionner de façon claire et cohérente sur ce sujet. En effet, l’IA ne constitue pas la révolution vantée par les puissants de la tech, mais incarne simplement une étape supplémentaire du capitalisme contre l’autonomie des travailleur·euses à l’échelle mondiale, contre la démocratie, contre la protection de l’environnement, ainsi que contre les facultés intellectuelles et créatives qui forment l’essence même de notre humanité. Pour lui résister les moyens d’action sont à inventer. Une seule certitude transparaît dans ce trouble généralisé : ce seront des actions collectives.
*LLM signifie Large Language Model en anglais, soit « grand modèle de langage » en français.
MANIFESTE À TÉLÉCHARGER
visuel → Héloïse