Le statut d’artiste-auteur·ice pour les personnes n’ayant pas la nationalité française : ce qu’il faut savoir
Le statut d’artiste-auteur·ice pour les personnes n’ayant pas la nationalité française : ce qu'il faut savoir
Vous résidez en France sans avoir la nationalité française (vous avez une autre nationalité, ou vous êtes apatride) et vous souhaitez ouvrir un statut d'artiste-auteur·ice : c’est-à-dire pour percevoir des droits d'auteur, répondre à une commande, toucher une bourse de résidence, etc. Voici une fiche récap du Snap-cgt sur le sujet.
Tout d’abord, avoir un "permis de travail" ne suffit pas toujours à pouvoir exercer une activité d’artiste auteur·ice en France.
Pour commencer
Le statut d'artiste-auteur·ice n'est pas un titre de séjour, ni une autorisation de travail : c'est un régime social et fiscal, rattaché à une activité non salariée, avec affiliation à la Sécurité sociale des artistes-auteurs via l'Urssaf.
La bonne question n'est donc pas "ai-je un permis de travail ?" mais, est-ce que mon titre de séjour m'autorise à exercer une activité indépendante, non salariée, en France ?
Pourquoi un "permis de travail" classique ne suffit généralement pas ?
La plupart des autorisations de travail délivrées aux personnes étrangères sont des autorisations de travail salarié : rattachées à un·e employeur·se pour un poste. Elles couvrent ce travail-là, et ne permettent pas, en principe, d'exercer en parallèle une activité indépendante sous le régime d’artiste-auteur·ice.
Après, il existe des titres de séjour qui couvrent explicitement l'activité non salariée :
• la carte de séjour pluriannuelle "Talent – profession artistique et culturelle" — jusqu'à 4 ans, sur la base d'un contrat/engagement d'au moins 3 mois et de ressources tirées pour partie de l'activité artistique (au moins 70 % du SMIC brut mensuel, dont 51 % minimum issus de l'activité d'artiste-interprète ou d'auteur·ice) ;
• la carte "entrepreneur/profession libérale" ;
• la carte de résident·e (10 ans), qui ouvre le droit à toute activité professionnelle, salariée ou indépendante, sans autorisation distincte.
Zoom sur la carte "Talent – profession artistique et culturelle"
Qui est concerné·e par cette carte ?
• Les artistes-interprètes : comédien·nes, musicien·nes, danseur·ses… (article L. 212-1 du CPI)
• Les auteur·ices d'une œuvre littéraire ou artistique, : écrivain·es, traducteur·ices littéraires, artistes plasticien·nes, calligraphes, etc. (article L. 112-2 du CPI) — donc les métiers relevant, en France, du régime artiste-auteur·ice.
Cette carte permet :
• Une durée de séjour allant jusqu'à 4 ans, renouvelable ;
• l'exercice de l'activité quel que soit son mode d'exercice : salarié ou libéral/indépendant (compatible avec le statut d'artiste-auteur·ice) ;
• Pour le·la conjoint·e majeur·e et les enfants mineurs, la délivrance automatique d'une carte "passeport talent (famille)", de même durée que la carte principale, sans passer par la procédure classique de regroupement familial — le·la conjoint·e peut alors aussi travailler librement ;
• un renouvellement de plein droit pour 4 ans supplémentaires après 5 ans de résidence en France.
Conditions à justifier :
• Un contrat ou engagement d'une durée minimale de 3 mois (contrat de travail, contrat de coproduction, de diffusion, commande…) lorsque l'activité est salariée ;
• un niveau de ressources issues de l'activité artistique : rémunération au moins égale à 70 % du SMIC brut mensuel pour un temps plein (soit 1 306,91 € au 1er janvier 2026), dont au moins 51 % doit provenir spécifiquement de l'activité d'artiste-interprète ou d'auteur·ice d'une œuvre littéraire ou artistique ;
• Ces ressources peuvent être justifiées par : contrat de travail, contrat d'engagement, commande artistique, contrat avec une galerie, droits d'auteur, versement d'une bourse, subvention du pays d'origine, ou encore perception d'une rente, d'un loyer ou d'une retraite.
La procédure : la demande se fait soit depuis l'étranger, soit en France par changement de statut si la personne y réside déjà sous couvert d'un autre titre — la situation doit alors être examinée au cas par cas.
Plus d'infos sur la carte Talent
Cas particulier : les personnes demandeuses d’asile
Une personne demandeuse d'asile peut, si l'OFPRA n'a pas statué dans les 6 mois suivant le dépôt de sa demande, obtenir une autorisation de travail (AT), sollicitée par un·e employeur·se pour un poste précis. Cette AT reste strictement liée au salariat : elle ne couvre pas l'exercice d'une activité non salariée comme celle d'artiste-auteur·ice.
Attention : Le passage vers un titre permettant une activité indépendante (comme avec la carte Talent) pendant l'examen d'une demande d'asile est un point particulier qui doit être vérifiée par d'un service spécialisé en droit des étrangers.
Une fois le statut de réfugié·e obtenu, tout change
Une personne reconnue réfugiée (ou de la protection subsidiaire) reçoit une carte de résident ou une carte pluriannuelle qui donne un accès complet au marché du travail, salarié comme indépendant, sans autorisation de travail distincte à demander. En ayant ce statut, l'ouverture d'un statut d'artiste-auteur·ice ne pose plus de difficulté liée au droit des étrangers.
Déclarer son activité sur le guichet INPI et ouvrir son statut d’artiste-auteur·ice
Une fois le titre de séjour clarifié, l'étape suivante pour ouvrir un statut d'artiste-auteur·ice est la déclaration d'activité sur le Guichet unique des formalités d'entreprises, qui est opéré par l'INPI
La procédure en cliquant ici
En effet, les artistes-auteur·ices pour présenter et commercialiser leurs œuvres doivent se déclarer auprès du guichet unique géré par l’INPI afin d’être reconnus fiscalement et socialement.
Les pièces généralement demandées à la création sont :
• une copie de la pièce d'identité en cours de validité (passeport, carte nationale d'identité) ou, pour les personnes de nationalité étrangère, le titre de séjour en recto-verso ;
• un justificatif de domicile ou de domiciliation ;
• une déclaration sur l'honneur de non-condamnation
Pour s’inscrire sur le site de l’INPI ce n’est pas trop compliqué, il faut juste être attentif·ve !
S’inscrire sur le site de l’INPI pas à pas :
1 – Créer son compte
2 – Se connecter à son compte :
• Aller sur "Créer une entreprise"
• Répondre : forme de l'entreprise = entrepreneur individuel
• Non à la micro-entreprise (les artistes-auteur·ices n'y ont pas droit)
• Non aux autres questions (extension d'entreprise étrangère, activité agricole).
3 – Remplir les informations personnelles et l'adresse de domiciliation de l'activité.
4 – Indiquer son activité :
• Indiquer son activité précise (ex. "peintre", "sculpteur", "auteur d'œuvres graphiques")
• Choisissez la catégorie : création artistique arts plastiques et graphiques, œuvres littéraires et dramatiques, œuvres musicales et chorégraphiques, ou critique d'art
• Cocher "oui" à la question "êtes-vous artiste-auteur ?"
—> si cette case n'apparaît pas, c'est qu'une case précédente a été mal cochée
5 – Choisir son régime fiscal
• Régime d'imposition (micro-BNC ; ou déclaration contrôlée si les frais professionnels sont élevés) et régime de TVA (la franchise en base + simple pour débuter, sans déclaration de TVA).
6 – Joindre les pièces justificatives
• Ici, mettez votre pièce d'identité, carte de résident·e annuelle, justificatif de domicile
7 – Vérifiez et signez
Dès que vous avez réussi votre inscription en tant qu’artiste auteur·ice sur l’INPI, vous allez recevoir dans les prochains jours un courrier de l’Urssaf du Limousin qui permet d’activer votre espace personnel sur leur site (bien pensez à moduler vos cotisations!).
Par la suite, vous recevrez un courrier des impôts, et le certificat Insee avec le numéro Siret et le code APE (90.03A pour les arts visuels, 90.03B pour les autres disciplines). Il faut bien vérifier que le code APE correspond à l'activité déclarée.
Le cas des citoyen·nes de l'Union européenne, de l'EEE et de la Suisse
Ce cas est différent de tous les précédents : les ressortissant·es de l'Union européenne, de l'Espace économique européen (EEE) et de la Suisse bénéficient du principe de libre circulation des travailleur·euses.
Ils·elles peuvent exercer une activité professionnelle en France, salariée ou non salariée, sans titre de séjour ni autorisation de travail. Donc ils peuvent déclarer une activité d'artiste-auteur·ice et s'affilier au régime d’AA comme un·e ressortissant·e français·e.
Pour ouvrir son statut en tant que ressortissant·es de l'Union européenne, de l'Espace économique européen (EEE) et de la Suisse, les étapes sont ci-dessus sur le site de l’INPI.
Comment vérifier sa situation
Pour un avis fiable sur une situation individuelle, nous conseillons vivement de s’orienter vers votre union département/locale CGT ou des associations spécialisées en droit des étrangers et de l'asile : La Cimade, France Terre d'Asile, GISTI.
Cette fiche donne des informations générales, les dossiers doivent être vérifié et suivi précisément par une structure compétente (syndicat, association)
Depuis environ 2 ans, les démarches sont longues et compliquées. Les demandes de renouvellement de titres de séjour (un an, pluriannuels, carte résident de 10 ans) prennent beaucoup de temps. Cette attente peut créer des problèmes : arrêt du travail, perte de salaire, perte des droits sociaux, problèmes avec la sécurité sociale ou la CAF…
Si vous devez renouveler votre titre de séjour prochainement (1 an, pluriannuel ou carte de résident•e 10 ans) nous vous conseillons de prendre contact avec votre union locale ou départementale CGT la plus proche ou d’une association compétente.
Sources
• CESEDA, art. L.421-5 et suivants > carte de séjour "entrepreneur/profession libérale", permettant l'exercice d'une activité non salariée.
• CESEDA, art. L.421-20 > carte de séjour pluriannuelle "Talent – profession artistique et culturelle".
• Urssaf.fr, "Vérifier que votre activité relève du régime artiste-auteur" > définition de l'activité d'artiste-auteur·ice comme activité non salariée.
• Service-public.fr, fiche F16922 > conditions et démarches de la carte de séjour "Talent – profession artistique et culturelle".