La droite bloque au Sénat...
22 décembre 2025,
La droite bloque au Sénat, la continuité de revenus des artistes auteur·ices est désormais incontournable dans le débat public.
Ce jeudi 18 décembre, le Sénat a examiné pour la première fois une proposition de loi visant à intégrer les artistes auteur·ices à l’assurance chômage. Alors que la droite était minoritaire en séance, elle a déclenché un scrutin public, permettant aux deux sénateur·ices LR présent·es de voter au nom de l’ensemble de leur groupe.
Cette manoeuvre a conduit au rejet du texte par 206 voix contre 118, un résultat conforme aux équilibres politiques d’une chambre dont les sièges sont, pour l’essentiel, occupés par des sénateur·ices au service du patronat.
Ne nous y trompons pas : le simple fait que ce débat ait eu lieu est déjà une victoire. Il consacre la légitimité de notre revendication et impose enfin la question de la protection sociale des artistes auteur·ices dans le débat public. La mobilisation des artistes auteur·ices, la médiatisation, les articles de presse, les tribunes signées, les manifestations et les assemblées générales partout en France le démontrent clairement : ce sujet est désormais public et incontournable. ## Ce n’est donc qu’un début !
DES DISCOURS DE MÉPRIS AU SÉNAT
Les débats ont été marqués par des propos indignes de la part des opposant·es au texte, à commencer par madame Rachida Dati qui – sans jamais avoir daigné s'intéresser au sujet malgré nos nombreuses sollicitations – s’est souvenue qu’elle était ministre de la Culture. Elle a qualifié l’intégration des artistes auteur·ices à l’assurance chômage de « démagogique », allant jusqu’à prétendre que cela ferait de nous des « fonctionnaires de l’art subventionné·es par l'assurance chômage ». Les déclarations de la ministre de la Culture – mise en examen pour corruption et trafic d’influence –, traduisent un profond déni des conditions de vie et de travail des artistes auteur·ices et un mépris des droits sociaux.
Des sénateur·ices de droite ont repris ces arguments fallacieux, affirmant qu’accorder de la protection sociale mettrait en danger le droit d’auteur ou la liberté de création. C'est ignorer l'histoire des conquêtes sociales et nier le rôle du développement des droits collectifs dans l'émancipation des travailleur·ses. C'est aussi une manière de reconduire le vieux fantasme de la bohème, qui assimile absence de droits et liberté, indépendance et pauvreté.
MAINTENIR LA PRÉCARITÉ : LE VRAI PROJET DES OPPOSANT·ES
Derrière ces discours se cache une réalité simple : la volonté de maintenir les artistes auteur·ices dans une condition de dépendance financière aux commanditaires, et le refus de toute participation des diffuseurs à la protection sociale. Certaines prises de paroles sont allées jusqu'à prendre clairement le parti des grandes entreprises misant tout sur l'IA générative : entre les milliers de travailleur·ses qui font vivre l'art et la culture et « notre champion » de l'IAG qui les pille, la droite sénatoriale a clairement choisi son camp.
Survivront donc « les artistes sachant véritablement se distinguer », d'après les propos de la ministre, selon lesquels les écarts de revenus entre nous ne seraient pas une question structurelle, mais simplement une affaire de « talent ».
Ces mêmes sénateur·ices, tout en trouvant insupportable le fait, en tant qu'élu·es, d'être interpellé·es par les personnes concernées au premier chef par le résultat de leurs votes, n'ont pas hésité à nous refuser un droit pourtant bien légitime en parlant en notre nom, quand bien le même ils et elles ne daignent pas nous écouter. Il s'agit pour elles et eux de nous « responsabiliser » : les artistes auteur·ices sont donc bien, à leurs yeux, d'éternels enfants à protéger de leurs propres décisions en les maintenant dans l'angoisse et la précarité.
Aux organisations professionnelles, aux Organismes de Gestion Collective, particulièrement la SACEM, qui ont contribué à la diffusion de ces argumentaires : vous faites sciemment le choix de maintenir un système inégalitaire, patriarcal et injuste.
LA MOBILISATION CONTINUE
De notre côté, la ligne est claire : nous continuerons notre action et ne cesserons ce combat avant d'avoir remporté la victoire. Cette décision injuste d'un Sénat ancré à droite ne marque pas la fin de la lutte pour la continuité de revenus, mais bien le début de son intensification. Nous remercions la sénatrice Monique de Marco et ses équipes pour leur travail engagé depuis 2 ans sur le sujet.
Cette séquence terminée, nous devons maintenant pousser pour que le texte soit examiné au plus vite à l'Assemblée nationale.
Nous appelons l’ensemble des artistes auteur·ices et des professionnel·les de la culture à continuer à s’emparer du sujet, à en parler autour d’elles et eux, à interpeller leurs élu·es. Nos organisations reprendront dès le mois de janvier le travail à l’Assemblée nationale pour donner une suite à la proposition de loi déposée dans cette chambre.
SIGNATAIRES ↓
Fédération CGT Spectacle
La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse
La Ligue des auteurs professionnels
États généraux de la bande dessinée
SdS - Syndicat des Scénaristes
STAA CNT-SO - Syndicat des travailleur·euses artistes-auteurices
SNAP CGT - Syndicat National des Artistes Plasticien·nes CGT
SELF - Syndicat des écrivains de langue française
SNSP - Syndicat national des sculpteurs et plasticiens